« Ilo », un tour du monde à la poursuite de l’Aventure
CARNETS DE BORD, TOUR DU MONDE — Par SBarthez, le 2 sept. 2010 à 08:09Marie et Michel ont quitté le port de Brest, en Juin 2004, à bord de leur Passoa 46 « Ilo ». Un voyage passionnant avec comme fil rouge : l’Aventure avec un grand A, hors des sentiers battus. En cours de route, deux bébés ont rejoint l’équipage. Nous les avons contactés lors d’un séjour en France juste avant qu’ils ne rejoignent leur « Ilo » en Nouvelle-Zélande.
Grand Large Café : « En partant de France, vous étiez-vous fixés des objectifs, comment aviez-vous envie de naviguer ? »
Marie et Michel :
En fait, ce que nous cherchons avant tout, c’est l’Aventure. Nous avons quitté le port de Brest sans savoir ou nous allions, ni pour combien de temps nous partions. Notre voyage est guidé par les rencontres que nous faisons. Dans un mouillage houleux de Boavista, au Cap-Vert, les équipages des autres voiliers nous ont parlé, avec des yeux brillants, de la Casamance. C’est une des rares fois où nous avons planifié notre voyage. Nous sommes partis pour passer une semaine en Casamance et nous y avons finalement vécu un an. Nous nous sommes alors fait une raison, nous voyagerions pour rencontrer, pour partager et cela nous prendrait le temps qu’il faudrait. Nous avions prévu sur le moyen terme et si tout se passait bien, d’élever nos enfants dans ce voyage. Maintenant qu’ils sont là, il n’y a plus qu’à….

Grand Large Café : « Il y a quand même des impératifs qui vous poussent à choisir certaines escales ? »
Marie et Michel :
Nous faisons des tas de plannings, qui changent toutes les semaines. Par exemple, en Septembre 2006, nous quittons Salvador de Bahia pour la Guyane car nos visas ont expiré et nous ne pouvons plus les prolonger. En passant au large de Belem, nous décidons d’aller nous renseigner sur l’éventualité de remonter une partie de l’Amazone. Nous avons finalement remonté 2000 km jusqu’à Santarem, et passé trois mois principalement sur les Rio Tapajos et Arrapiuns.
Pour notre premier enfant, nous décidons d’être plus raisonnables ou du moins de se donner un programme. La voie de la raison nous a incitée à choisir la Martinique pour accueillir le bébé. Après deux semaines, tous les rendez-vous à l’hôpital passés, un voiture quasiment achetée, Marie enceinte de presque 5 mois, nous téléphonons à l’hôpital de Fatu Hiva aux Marquises pour leur demander les possibilités d’accouchement chez eux et leur dire qu’on arrive. Finalement, les portes du Canal de Panama nous ralentissent, les indiens Kunas nous charment et nous passons le troisième trimestre au San Blas. Nous arrivons à Carthagène des Indes en Colombie 10 jours avant la naissance du bébé.

Grand Large Café : « Qu’elles ont été vos escales favorites ? »
Marie et Michel :
En premier, la Casamance, enchantement de l’Afrique ou maraboutage, c’est véritablement là qu’a commencé le voyage pour nous. Les échanges dans ces villages, le partage, les longues discussions avec les hommes sous l’arbre à palabres, les grands silences dans la cour avec les femmes à taper le riz, les danses envôutantes qui durent toute la nuit pour un deuil, pour un fétiche, pour une récolte, les jeux incessants avec les enfants…et des rires, des rires et des sourires qui répondent à nos interrogations et nous expliquent pourquoi ce voyage…
Ensuite, la remontée de l’Amazone….peut-être à cause du challenge et de tout ce qu’il y a de mythique à l’évocation de ce fleuve, puis parceque ç’à fait du bien, quand on a le mal de mer, d’être sur cette étendue d’eau plate, douce, et de naviguer à la voile (enfin, pour la remontée), mais surtout parcequ’on a découvert deux petits villages où nous nous sentions bien à partager nos expériences avec des brésiliens amérindiens; enfin heureux d’être loin des routes des autres navigateurs.

Puis les San Blas, avec les échanges nouvellement créés grâce au bidon de Marie qui ne cesse de grossir et les vieilles mamies Kunas qui font les échographies en touchant son ventre. Enfin, l’arrivée de notre moussaillon, qui du haut de ses trois mois, nous ouvre toutes les portes en un regard.
Bien entendu, les Galapagos et l’interaction inoubliable avec les otaries, les pingouins et les dragons ; les Marquises pour les paysages scéniques et l’expérience qu’elles apportent (chasse au bœuf sauvage…), la Polynésie pour la douceur de vivre qu’elle véhicule; etc……
Il est certain qu’en 4 ans les escales favorites sont nombreuses, il y a celles aussi avec des pêches extraordinaires, des paysages exceptionnels, une famille inoubliable ou un spot de kyte transcendant, bref, il y en a plein, il y en a trop…

Grand Large Café : « Qu’elles ont été vos pires escales, pourquoi ? »
Marie et Michel :
Certainement Colon (Panama) avec l’attente pour le passage des portes du canal, les chantiers en général, les marinas, tous ces endroits où l’on est sur le départ mais toujours dans l’attente de quelque chose pour repartir…
Si on englobe les pires moments dans les pires escales, alors se rajoutent les heures ou plutôt les jours de nausées et de mal de mer, celles passées dans l’huile, le cambouis dans des positions toujours plus biscornues les unes que les autres… parcequ’en bateau, il y a toujours quelque chose qui ne fonctionne plus ou pire pas très bien…

Grand Large Café : « Comment vous êtes-vous organisés pour accueillir les bébés à bord ? Quels sont vos conseils pour d’autres parents ? »
Marie et Michel : Vous l’avez compris, nous ne sommes pas des pros de l’organisation. Après la naissance du premier en 2007 en Colombie, nous avons choisi la Nouvelle Calédonie en août 2009 pour le second. Mais, à chaque fois, passeports reçus, nous sommes vite repartis nous ré-imprégner de ce que nous appelons « notre vie » : pour l’un, ce fut les San Blas, pour l’autre les Vanuatus…
Pour ce qui est des conseils, si il y a bien un domaine pour lequel nous nous abstiendrons d’en donner, c’est sûrement celui-là. Nous ne savions pas du tout comment nous y prendre et ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. Comme il n’y avait personne pour mettre son grain de sel et nous dire quoi que ce soit, nous l’avons fait naturellement, comme nous pensions devoir le faire, avec plein d’amour. L’avenir nous dira… Je ne pense pas qu’il y ait de grosses différences entre la terre et le bateau pour éduquer les enfants, sauf que c’est comme pour le couple, on est 24/24 ensemble. Il faut beaucoup d’amour, de patience, et parfois des boules Quiès surtout quand l’eau est froide et qu’on ne peut pas aller les faire se défouler ,ou nous-mêmes nous déconnecter.

Grand Large Café : « Êtes-vous satisfait de votre Garcia ? Y a-t-il des choses à améliorer ? »
Marie et Michel :
On est plus que satisfait de notre Garcia. C’est le meilleur 46 pieds pour notre programme. Pouvoir aller partout avec une bonne vitesse et des plaisirs à la voile dès 6 nœuds de vent, un dériveur qui remonte bien au vent et qu’on n’hésite pas à beacher, un confort intérieur exceptionnel…
Bien sur, il y a toujours des améliorations envisageables, qu’on découvre au fur et à mesure, comme la trinquette que nous avons jugée inutile pour notre programme et transformée en foc.

Grand Large Café :Quelle est la suite du programme pour Ilo et son équipage ?
Marie et Michel :
Toujours pas de programme. Peut-être l’Asie, ou/et la Papouasie Nouvelle Guinée…. Nous verrons où l’Aventure nous guide et comment les enfants la vivent et nous la font vivre….

Version PDF
Laisser un commentaire
Twitter
Facebook
Digg
Favoris
Stumble
Flux RSS
Google



0 Commentaires
Vous pouvez être la première personne à laisser un commentaire.