« Balthazar » un Garcia Salt 57 CC effectue un tour de l’atlantique pas banal
CARNETS DE BORD — Par GrandLargeCafe, le 23 janv. 2012 à 03:01A 71 ans, Frédéric est un vrai bourlingueur, heureux de vivre en mer à bord de « Balthazar » son Garcia Salt 57 CC. Il partage sa vie entre son domicile parisien et « Balthazar ». Frédéric a cumulé plus de 30 000 milles depuis la livraison de son bateau en 2008 en effectuant un tour de l’Atlantique pas banal du tout. Il nous relate ses périples ainsi que sa passion pour son bateau et la navigation en mer.

Grand Large Café - Quand avez-vous pris livraison de votre Garcia ?
Frédéric – En Juin 2008.
GLC – Quelles navigations avez-vous faites depuis ?
Frédéric – J’ai pas mal bourlingué puisque j’ai fait plus de 30 000 milles. J’avais le projet d’aller en Patagonie et en Antarctique. Le bateau a été conçu pour cela par Garcia. Après 1500 milles d’essai du bateau le long des côtes anglaises et bretonnes, je suis parti en mettant le cap sur le Brésil. Suite à une négligence de ma part, j’ai eu des problèmes de quille qui m’ont retardé au Brésil et il était trop tard pour partir pour la Patagonie. Donc, je suis rentré de manière classique par les Antilles, puis les Açores pour arriver au Crouesty, le port d’attache de « Balthazar ». En 2010, j’ai vraiment réalisé mon projet. Je suis reparti du Crouesty vers le Brésil via Madère et les Canaries. J’ai laissé mon bateau au Brésil en juillet, août et septembre pour attendre l’été austral. Je suis ensuite descendu vers l’Argentine, le Chili jusqu’à Ushuaïa. Je suis revenu passer le Noël en famille. Cette année, je suis allé au mois de Janvier en Antarctique ce qui a été absolument formidable. Ensuite, je suis revenu par les îles Malouines et j’ai laissé mon bateau un mois et demi dans le sud du Brésil. Puis je suis remonté par les Antilles, les îles Vierges, les Bahamas, la baie de Chesapeake. J’ai laissé le bateau deux mois aux États-Unis et je suis finalement reparti au mois d’août pour remonter jusqu’à Québec. En ce moment, le bateau hiverne à Québec. Mon projet est de rentrer l’année prochaine par le Groenland et l’Islande. Vous voyez, ça fait un beau tour de l’Atlantique.

GLC – Avec qui naviguez-vous ?
Frédéric – Je navigue avec des amis et mon épouse sur certaines étapes en changeant régulièrement d’équipage.
GLC – Quelles ont été vos escales favorites ?
Frédéric – Il y en a une qui me vient à l’esprit, mais ce n’est pas forcément rationnel, c’est Fernando De Noronha à 150 milles de la côte brésilienne. On a fait tellement d’escales. Les plus belles sont certainement en Antarctique. Ce sont plutôt des mouillages forains que des escales. Les escales sont réservées à la logistique ou à des endroits agréables .
GLC – Quand naviguez vous ?
Frédéric – Je navigue quand je veux car j’ai la chance d’être à la retraite et en bonne santé. Cette année 2011 est un peu exceptionnelle, j’aurais navigué 6 mois. Normalement, je navigue entre 3 et 4 mois par an. La période et la durée dépendent de la zone de navigation. On aime bien les zones chaudes comme les zones froides. On va un peu partout. Avec mon bateau précédent, j’étais allé au Spitzberg. Je ne suis pas encore allé dans le Pacifique car je trouve que c’est vraiment très loin. Comme, par choix personnel, je rentre souvent à la maison, je ne pars pas en tour du monde. De plus les avions pour Tahiti sont chers, c’est un coût notamment pour les équipiers.

CLC – Pourquoi aviez-vous choisi d’acheter un Garcia ?
Frédéric – J’ai fait une revue assez complète. J’avais des idées très précises sur le type de navigation que je voulais faire. J’avais un ketch Mikado avant et j’avais déjà beaucoup bourlingué en Écosse, en Suède, aux Shetlands, en Méditerranée, bref un peu partout. Je fais de la croisière hauturière, donc ce que je recherche dans un bateau, c’est qu’il soit marin, robuste, confortable pour des équipages entre 4 à 6 (je ne suis pas un solitaire). Par rapport à mon Mikado, je cherchais une autonomie plus grande pour l’Antarctique car il faut beaucoup de gasoil pour la navigation et pour le chauffage au mouillage pendant un mois sans approvisionnement. Je voulais un bateau mieux armé pour le mauvais temps car je savais qu’en Patagonie et en Antarctique, on pouvait faire face à des conditions d’ouragan. Ce qui nous est d’ailleurs arrivé ! Je voulais un dériveur intégral et je suis très satisfait de mon choix. Cette année, je me suis énormément servi de la dérive. Il y a plein d’endroits ou je n’aurais pas pu aller sans ma dérive relevable. J’aurais souhaité un ketch mais malheureusement, et à tort, ce n’est plus à la mode. Il y avait des ketchs comme Amel mais ce n’est pas mon genre. Je voulais pour les glaces (parce que que je me suis senti assez vulnérable au Spitzberg avec mon Mikado et sa coque en fibre de verre) une coque en métal, donc en aluminium. J’ai regardé ce que proposait Garcia. J’ai fait faire pas mal de cheveux blancs à Antonio Costa car j’ai envoyé 60 pages de spécifications pour détailler ce que je voulais. On a discuté avec lui et l’architecte de beaucoup, beaucoup de points de détail. Il n’y a pas un mètre carré du bateau où l’on a pas adapté des choses. Cela part du guindeau, des alimentations des moteurs, même la coque, j’ai fait un peu relever le franc-bord et remonter les hiloires parce que je trouvais que la stabilité du bateau était un peu insuffisante en cas de retournement. On peut se déplacer partout à l’intérieur du bateau, on trouve toujours une main courante, j’en ai fait rajouter une quinzaine. En fin, il y en a comme cela des pages et des pages. C’est Garcia qui m’a paru le plus flexible pour adapter le bateau à mes caprices. En plus, le bateau m’a séduit au point de vue esthétique.

GLC - Y a-t-il une recette de cuisine que vous aimez particuliérement faire à bord ?
Frédéric – Je fais des crêpes surtout quand on a faim ou qu’on a froid. Les crêpes, c’est quand même agréable et très convivial. J’ai fait des poivrons farcis par très mauvais temps, 70 nœuds de vent. Nous faisons une cuisine assez variée et par tous les temps.
GLC - Que retirez-vous personnellement de vos navigations ?
Frédéric – Écoutez, d’abord je suis bien à bord du bateau. Je suis bien au plan physique, au plan psychologique. Je suis un alpiniste aussi. J’aime beaucoup la nature. Une partie du plaisir des navigations, c’est de les préparer à l’avance comme je prépare mes ascensions. Ça me plaît d’étudier la météo, les courants, les pièges à éviter. J’aime bien avoir le soucis de la sécurité et savoir anticiper les pépins qui peuvent arriver. C’est pour cela par exemple que j’ai fait installer autant de mains courantes. Je constate que pas mal de gens se cassent une côte ou se démettent l’épaule à bord de leur bateau et ce n’est pas marrant en mer. J’aime l’aspect découverte, les navigations d’aventure. J’ai été ébloui par l’Antarctique, c’était au delà de mes rêves. J’aime optimiser le choix de mes routes en fonction de la météo, des courants, des dangers. Tout cela fait partie de mes plaisirs. J’aime bien la navigation. J’ai un loch parfaitement étalonné et je vérifie sans arrêt la cohérence entre le GPS, la route de fond et la route de surface. Je suis les courants en temps réel. Cela m’amuse. Avec tout cela, je retrouve une plénitude. Jamais, je ne suis posé la question : « Qu’est-ce que tu fous là ? », même dans des moments qui sont parfois durs.

GLC – Quelle est la suite du programme ?
Frédéric – Nous allons partir quand le Saint-Laurent aura dégelé au mois de mai pour Terre Neuve, puis ensuite remonter la mer du Labrador vers la côte ouest du Groenland. Nous allons naviguer pendant 2 ou 3 semaines dans les icebergs et faire de la randonnée sur ces côtes. Nous allons contourner le Groenland par le cap Farvel au sud, remonter en Islande où j’ai des amis. De l’Islande, nous rentrerons au Crouesty par l’Irlande et les îles Scilly.
Quelques extraits du livre de bord de « Balthazar »
- Il y a des moments où nous n’avons pas envie de mettre en route le moteur pour ne pas troubler le silence qui nous enveloppe.
- Le paysage est toujours magnifique et constamment renouvelé.
- De là haut la vue est magnifique sur 360° ; les parois de près de 1000m de Booth Island qui nous dominent, la glace, l’horizon encombré d’icebergs scintillants.
- Sortant doucement la tête du cockpit j’aperçois à une quinzaine de mètres dans l’eau un phoque léopard en train de chasser silencieusement dans notre crique.
- En s’approchant tout doucement nous assistons à un véritable ballet au ralenti de deux baleines franches australes.
- Adieu l’Antarctique qui nous a ébloui et émerveillé au vrai sens du mot.
- l’équipage et le bateau intacts rentrent d’une aventure magnifique et inoubliable et le Horn est là pour nous saluer ; aujourd’hui il en serait presque avenant malgré son austérité.
- Des glaciers descendent des sommets Dallmeyer et Inverleith pour se jeter dans la mer en un paysage grandiose.
- Les aiguilles et les crêtes sont toutes caparaçonnées de glace, de corniches de neige énormes aux formes fantasmagoriques sculptées par le vent et le givre.
- Au sortir de ce défilé sombre et glacé nous nous trouvons soudain devant un spectacle éblouissant. Imaginez des montagnes de 1000 à 2000m couronnées de festons immenses de neige et de glace sculptés par le vent
- Décidément cet Antarctique dépasse ce que j’imaginais et je rêvais. Nous allons bouche bée d’émerveillement en émerveillement devant cette magnificence.

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