“Abracatabra” dans le Sine-Saloum avec Voiles Sans Frontières (VSF)

AFRIQUE, CARNETS DE BORD — By SBarthez, 29 Mar 2010 - 05:03

Le Sine-Saloum se trouve au Nord de la Gambie. Il doit son nom à deux fleuves : le Sine et le Saloum, qui forment le Parc National du delta du Saloum. Ce bras de mer laisse l’eau salée de l’Atlantique pénétrer dans les terres sénégalaises, et permet aux navigateurs de découvrir un paysage extraordinaire fait de mangroves, de marigots, de bolons, de bancs de sable et de lagunes.


La famille Merelli : Isabelle, Jean-Luc et leur trois filles Hélène (11ans), Clara (8ans) et Mathilde (5 ans) sont partis à bord de leur Outremer 40 « Abracatabra » de La Rochelle, en Juillet 2008, pour une boucle atlantique d’un an qu’ils racontent avec beaucoup d’émotion dans leur site internet.

Pour cette famille, il était impensable de passer à côté d’un continent aussi grand et fascinant que l’Afrique sans si arrêter. Ils ne voulaient pas débarquer comme de simples touristes, faire 3 ronds dans l’eau, 4 photos puis repartir. Ils se sont donc rapprochés de l’association Voiles sans Frontières afin de voyager utile et de rencontrer la population du Sénégal. Leurs aventures dans le Sine-Saloum reste un des souvenirs forts de leur voyage.

Jean-Luc témoigne de leur aventure.

« VSF organise deux types de missions dans le Sine-Saloum : médicales et scolaires. Comme nous avions les filles à bord, nous avons opté pour la deuxième catégorie. Les voiliers partenaires acheminent les cahiers de liaisons entre les écoles françaises et sénégalaises. Dans ces cahiers, chaque élève se présente et pose des questions, dans une logique d’échange culturel. Au fil des années (plus de 14 ans) les petits Français se sont rendu compte que leurs amis sénégalais n’avaient pas beaucoup de moyens financiers. Ils ont donc décidé d’organiser en France des actions afin d’obtenir de l’argent pour les écoles sénégalaises. Les bateaux transportent donc également l’argent qui doit être impérativement dépensé en local pour faire vivre l’économie. On n’emmène rien. On fait venir à Dakar les instituteurs, on fait les courses avec eux, on met tout à bord du bateau et on repart ensemble. Nous avions à bord un instituteur. Un vrai choc culturel. Il a posé tout un tas de questions sur les instruments, et s’est étonné que nous mangions les tomates crues. La navigation sur les hauts fonds sénégalais de nuit est spectaculaire. Il y a des pirogues, qui sont énormes, plus de 20 tonnes. Notre instituteur avait une acuité visuelle extraordinaire, il voyait les pirogues alors que moi rien du tout. Nous avons complété notre mission en accueillant à bord une institutrice d’une école Française partenaire d’une école sénégalaise. Elle a payé son billet d’avion et nous l’avons hébergé à bord avec son ami pendant notre périple dans le Sine-Saloum. C’était extraordinaire car lorsque nous l’avons récupérée à Dakar, un des instituteurs sénégalais était déjà sur place. Il nous a invité à manger dans sa famille, dans un faubourg de la ville, avec l’équipage d’un autre voilier de VSF. C’était l’immersion totale dans une autre culture. Le lendemain, nous avons fait les courses tous ensemble, puis nous avons mangé autour d’une grande tablée au restaurant du Yacht Club. En terme de partage, c’était vraiment super. VSF refuse des bateaux. Il y a un « examen de passage », ce n’est pas le Club Med. Il faut qu’il y ait une vraie adéquation entre le projet personnel et le projet de VSF. Ce n’est pas un rallye organisé même si il y a des contacts en local pour vous aider éventuellement. Grâce à VSF, nous sommes allés dans des endroits où nous ne serions jamais allés, nous avons vécu des expériences que nous n’aurions jamais vécues. Dans le Sine-Saloum, nous sommes restés loin des campements européens et avons visité des villages vraiment perdus, sans infrastructures blanches. Nous avons mouillé seuls, dans des bolons très étroits, avec deux ancres, une devant et une derrière afin d’ éviter de subir la marée. L’institutrice française et l’instituteur sénégalais que nous avions à bord devaient débarquer dans la même école. Quand nous sommes arrivés au village, tout le monde avait été prévenu. Toute la population était là : les enfants, les femmes avec leurs instruments de musique, l’accueil a duré quatre heures. Les femmes se sont assises sous un baobab et elles ont dansé, puis nous sommes allés à l’école. Là, de nouveau assises sous un baobab, elles ont convié nos femmes à participer, puis les hommes. C’était vraiment très fort. Nos filles se sont rendu compte qu’il y a d’autres manières de vivre, qu’on peut être heureux avec peu, même si ce n’est pas toujours facile.  »

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