“Acquadoria” à Cuba, retour à la nature

CARAÏBES, CARNETS DE BORD — By SBarthez, 2 Apr 2010 - 09:04

Acquadoria -Cayo Largo - Cuba - Copyright Antoine MeyssonnierL’Allures 44 « Acquadoria » a quitté Cherbourg le 7 Avril 2008. Antoine Meyssonnier, son skipper et propriétaire, a parcouru à son bord 17 208 milles avant de s’amarrer à La Havane, puis de rentrer à Paris le 25 Mars 2010. Quatre jours après son retour sur la terre ferme, il partage avec nous ses impressions de Cuba. Il y a passé les deux derniers mois de son aventure à naviguer en famille.

Cuba, 99,9 % du temps seul au mouillage.

Antoine a vécu sa navigation à Cuba comme un vrai retour à la nature. Pendant son séjour, 20 voiliers de grand voyage se partageaient 6 000 kilomètres de côte. « Acquadoria » s’est donc retrouvé souvent seul dans des mouillages paradisiaques. Pour Antoine, il y a plusieurs raisons à cela. Les plaisanciers les plus proches et les plus nombreux sont les américains qui n’ont pas le droit de séjour. Ensuite, viennent les canadiens qui n’y trouvent pas le confort qu’ils recherchent et ont peu de notions d’espagnol. Il n’existe qu’un guide nautique de Cuba, écrit par Nigel Calder, il y a plus de 10 ans aux Éditions Imray (les informations qu’il contient sont de bonne qualité). De nombreuses baies sont classées militaires ou industrialisées, donc peu accueillantes et accessibles. L’hiver, des coups de vent froid descendent parfois du Canada via les Etats-Unis sur la côte ouest et le nord de l’île. Finalement, il est vrai que le balisage est un peu aléatoire, voire manquant et que la navigation demande de l’attention. Mais au final, les efforts en valent vraiment la peine. 6000 kilomètres de côtes désertes au milieu des Caraïbes, qui dit mieux ?

Les cubains, la douane, la vie locale, la langouste.

Antoine ne tarit pas d’éloges sur l’accueil local. Les Cubains vous invitent facilement chez eux. Ils sont curieux et apprécient que vous parliez quelques mots d’espagnol. Ils n’ont pas beaucoup d’informations sur l’extérieur. Internet est disponible, mais une heure de connexion dans un cyber café coûte 6 euros. Pour un salaire mensuel de 10 à 15 euros, c’est assez dissuasif. La douane, omniprésente, travaille 24 h sur 24 h, 7 jours sur 7, avec le sourire. Les douaniers montent à bord des bateaux et remplissent eux-mêmes les papiers, ce qui facilite grandement les procédures et vous évite de courir de bureau en bureau, comme Antoine l’a vécu au Brésil. Ils partagent volontiers une bière ou un repas. A Cuba, on pêche du barracuda, du pagre et du lambi. La reine des eaux est la langouste. La pêche à la langouste est réservée à l’industrie d’état, mais l’équipage d’ Aquadoria n’en a pas manqué. Les garde-côtes, les pêcheurs en ont offert à l’équipage et le prix d’une langouste de 1 à 2 kg est seulement de 1 euro. Antoine, qui est un cuisinier talentueux, a inventé de nouvelles recettes qu’il nous fera partager dans un prochain article. Les appros générales sont plus difficiles à faire car le pays manque de tout. On peut trouver quelques légumes sur les marchés et du pain quand les boulangeries ont du surplus. Les œufs sont rares.

Cuba, terrain de jeu idéal pour l’Allures 44

Antoine a particulièrement apprécié les qualités de son Allures à Cuba. Les nombreuses baies et même les accès aux grandes marinas offrent souvent un tirant d’eau très limité. « Acquadoria », avec ses 98 cm de tirant d’eau, quille relevée, s’est faufilé partout. A Cayo Largo, à l’abri dans une petite baie, la nuit, l’équipage est réveillé par un grain assez fort. Tout le monde se rendort tranquillement et passe une nuit très paisible. Le matin, au réveil, c’est la surprise. « Acquadoria » est échoué paisiblement sur le sable, dans 60 cm d’eau. Pas de quoi inquiéter le capitaine et son équipage qui prennent tranquillement leur petit déjeuner en attendant la marée montante. Le marnage étant trop faible, c’est le génois, qui vient à la rescousse pour faire gîter le bateau. Quelques coups de moteur, un peu d’aide du guindeau, et voilà « Acquadoria » libre, vive l’aluminium.

« Acquadoria » à La Havane.

Les visiteurs peuvent rester deux mois à Cuba avec leur passeport. Antoine a donc laissé son voilier à La Havane dans la Marina Hemingway. Elle est immense, plus de 4 km de quais presque vides et très bien gardés. Les autorités ont peur que le cubains ne partent à bord des voiliers de passage. « Acquadoria » est donc amarré le long du quai et attend un convoyeur qui doit le ramener à Rabat, au Maroc. Antoine, lui, est rentré à Paris car d’autres obligations l’attendent. Son fidèle compagnon est à vendre, prêt à « enquiller » des milliers et des milliers de milles.

Plus d’information:

Antoine Meyssonnier est photographe professionnel. Il a effectué le début de son voyage avec son ami vidéaste Olivier Toussaint. Olivier a réalisé à bord d’ Acquadoria un film intitulé « Des Milles et Des Sens » qui retrace les histoires de marins, de voyageurs rencontrés au fil du voyage. « Acquadoria » dispose d’un site web et la soeur d’Antoine a tenu un blog sur son séjour de deux mois à bord d’Acquadoria avec sa famille.

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